Open Data Day: des données ouvertes pour renforcer la résilience des personnes exposées aux inondations à Uvira

Ce samedi 06 Mars 2021, Il a été organisé dans la ville d’Uvira à l’est de la république démocratique du Congo un atelier sur l’utilisation des données ouvertes dans la gestion des risques de catastrophes. Organisé dans le cadre de la célébration de la journée internationale “Open Data Day” par l’initiative pour la gestion des risques de catastrophes en Afrique DRM Africa en sigle; cet atelier a réuni plusieurs acteurs locaux notamment; les professionnels de média, les instances officielles locales, ainsi que les représentants de personnes exposées aux risques d’inondations riveraines et côtières à travers la ville d’Uvira.

Au courant de ce dernier, plusieurs activités ont été entreprises y compris;

1. Évaluation et identification des zones à risques; pour répertorier les zones susceptibles d’être englouties par des eaux du lac ainsi que les rivières traversant la ville d’Uvira,

2. Analyse des zones à risque; pour déterminer les zones à risques soudains, moyens et à long terme pour une meilleure réponse. Ensemble avec l’équipe ayant facilité l’événement, ils ont procédé à une analyse qualitative en étudiant les zones à risque sur le plan topographique pour connaitre avec exactitude le niveau et l’imminence d’une inondation. Les participants ont aussi analysé les zones à risque quantitativement en répertoriant les infrastructures de base y compris; routes, maisons d’habitation, écoles, etc.

3. Communication des zones à risque; pour informer les personnes vulnérables sur les zones inondables et envisager les actions à prendre dans les jours, les mois, les années à venir. Les informations ont été communiquées produites durant l’atelier ont été communiqué via les ondes de radios et distribuées pendant la réunion sous formes des données spatiales ainsi que des Jeux de données “Data sets”.

Après l’atelier, plus de 20 personnes ont été formés en utilisation des données ouvertes dans la gestion des risques d’inondations côtières et riveraines, ainsi que son appropriation pour une société plus résiliente de différents aléas touchant la ville d’Uvira et ses environs.

Signalons que cet atelier a été facilité par M. Kashindi Pierre; directeur exécutif de l’initiative pour la gestion des risques de catastrophes en Afrique DRM Africa en sigle.

AgriDATA RDC: Améliorer le rendement agricole grâce aux données ouvertes

Le secteur agricole et alimentaire est confronté à de nombreux défis. Avec environ 821 millions de personnes souffrant de la faim et la population mondiale qui devrait passer à plus de 9,6 milliards d’ici 2050, il y aura une augmentation significative de la demande de nourriture au cours des prochaines années. Dans le même temps, la disponibilité des ressources naturelles est de plus en plus limitée.

L’innovation numérique et l’amélioration des infrastructures peuvent faire partie de la solution. Les technologies numériques créent de nouvelles opportunités pour les petits exploitants agricoles, avec l’adoption des technologies mobiles, des services de télédétection et de l’informatique distribuée améliorant déjà l’accès des petits exploitants aux données, aux marchés, à la formation et au financement.

Une infrastructure technologique relativement faible, des coûts de technologie élevés et de faibles niveaux de compétences numériques dans les économies émergentes notamment en Afrique subsaharienne ont engendré à la fois des défis et des opportunités. Alors que les communautés rurales peuvent sembler avoir été laissées pour compte dans le processus de numérisation ; un investissement ciblé dans des infrastructures appropriées et le développement des capacités leur permettrait de contourner les technologies plus anciennes et de rejoindre la révolution de l’agriculture numérique.

Depuis Février 2019, l’Initiative pour la Gestion des Risques de Catastrophes en Afrique DRM Africa en sigle a mis sur pied un système d’alertes précoces multirisque et orienté vers les communautés exposées aux effets de différents aléas naturels et anthropiques en république démocratique du Congo pour une gestion prospective, corrective et compensatoire des risques de catastrophes.

Gangrenée par l’extrême pauvreté et la famine, la république démocratique du Congo est appelée à mécaniser son agriculture en facilitant les agriculteurs avec l’accès des données sur la météorologie, la qualité du sol, une assistance à temps réel aux ressources agricoles grâce aux technologies mobiles, ainsi que leur facilitation aux engrais chimiques et pesticides.

Généralement, les données existent mais les institutions ou organismes qui les détiennent ignorent leur enjeu pour les producteurs, les chercheurs et les entrepreneurs. Et la solution pour avoir des données accessibles pour tous, c’est la mise en place d’une plateforme collaborative de données ouvertes.

D’où ; la mise en place de la plateforme AgriData RDC ; un portail sectoriel des données ouvertes de l’agriculture, des ressources hydrauliques et de la pêche en république démocratique du Congo.

AgriData RDC est une plateforme créée par l’Initiative pour la Gestion des Risques de Catastrophes en Afrique DRM Africa en sigle, pour la collecte, le traitement et la communication des données agricoles en l’intention des agriculteurs locaux à petite, moyenne et grande échelle.

L’objectif global de AgriDATA RDC est de renforcer la sécurité alimentaire à travers un processus de mécanisation et de numérisation de l’agriculture en république démocratique du Congo.  

AgriDATA RDC sera une plateforme dont les données seront disponibles en accès libre et compte mobiliser un nombre considérable de contributeurs qui feront aussi le pari de mettre les données spatiales et des jeux de données au profit de l’agriculture en république démocratique du Congo.

Elle aide aussi les petits exploitants agricoles en leur fournissant des technologies mobiles, des services de télédétection et de l’information distribuée pour améliorer leur accès aux données, aux marchés, à la formation et au financement.

AgriDATA RDC sera composé ;

  1. Une plateforme SMS ; permettant de procéder à la vulgarisation, les conseils agricoles, l’information sur les marchés, la collecte des données, la diffusion d’informations et conseils agro-climatiques et météorologiques, ainsi que d’autres alertes s’inscrivant dans le cadre du système d’alertes précoces multirisques.
  2. Un centre d’appel téléphonique en langue française ainsi que les quatre langues nationales,
  3. Un Data Center ou plateforme web dédiée aux informations agricoles. Une base des données itinéraires de produits vivriers, fruits et légumes, etc. à la disposition des encadreurs techniques, étudiants, professionnels de l’agriculture, etc.
  4. Etc.

L’externalisation ouverte – les difficultés de la vérification des données pour les humanitaires

LES POINTS CLÉS

  • Le traitement de l’information demande du temps et crée des goulots d’étranglement
  • Il est nécessaire de croiser les informations avec de multiples sources
  • De nouveaux outils sont conçus pour vérifier les informations
  • Il existe un écart entre les connaissances des humanitaires et celles des développeurs

NAIROBI, 21 août 2013 (IRIN) – L’évolution des technologies favorise la prolifération des données (« big data ») en situation d’urgence, que ce soit par l’externalisation ouverte (crowdsourcing), le crowdseeding (fournir des téléphones portables et des crédits téléphoniques aux communautés afin de récolter des informations sur le terrain) et l’utilisation des médias sociaux. Les organisations humanitaires cherchent désormais une manière de s’assurer que ces données sont exactes avant de les utiliser.

L’obtention d’informations par le biais de l’externalisation ouverte présente de nombreux avantages. « Cela résout un véritable problème pour les organisations humanitaires, à savoir comment être au courant de la situation dans un environnement instable », a dit à IRIN Chris Albon, directeur de projets de données d’Ushahidi, une organisation kenyane de cartographie de crise. « Les données récoltées grâce aux technologies d’externalisation ouverte peuvent représenter pour les organisations humanitaires de nouveaux et puissants flux de renseignements concernant la région dans laquelle elles interviennent ou s’apprêtent à intervenir. »

Cependant, rien ne garantit que les informations provenant de sources multiples sur le terrain soient exactes. En situation de crise, les informations peuvent être limitées, peu fiables et mal analysées. Comme le dit Paul Currion, spécialiste et conseiller en technologies de l’information et coordination humanitaire pour le Conseil international des agences bénévoles (International Council of Voluntary Agencies, ICVA, un réseau d’organisations non gouvernementales de développement humanitaire basé à Genève), « L’externalisation ouverte peut rarement être représentative, car les participants sont par définition volontaires. Ce fait ne pose pas de réel problème tant qu’il est pris en compte et tant que l’externalisation ouverte n’est pas la seule source de données ».

Ainsi, Somalia Speaks, un programme mis sur pied par Al Jazeera en 2011 en prévision de la Conférence de Londres sur la Somalie, a demandé aux Somaliens d’envoyer par SMS les opinions et les questions qu’ils souhaitaient adresser à leur gouvernement au sujet de la conférence. L’Union internationale des télécommunications a reçu plus de 3 000 messages, mais le taux de pénétration de la téléphonie mobile en Somalie n’est que de sept pour cent. Les messages envoyés sont donc probablement loin de représenter l’opinion de tous les Somaliens.

« Dans le contexte de l’externalisation ouverte, c’est donc une erreur de dire que l’on “s’adresse” aux gens, car en réalité, on les “sollicite” », a dit M. Currion à IRIN.

Cisco, une entreprise offrant des services de réseau, estime qu’en 2012, le trafic IP a atteint 43,6 exaoctets par mois dans le monde (un exaoctet équivaut à environ 10 milliards d’exemplaires de The Economist, selon ce même magazine). Entre 2012 et 2017, Cisco prédit que la transmission des données mobiles sera multipliée par 13.

En situation de crise, le partage d’informations monte en flèche. Dans les jours qui ont suivi le séisme de 2011 au Japon, 572 000 nouveaux comptes Twitter ont été créés et 177 millions de tweets ont été envoyés (environ 1 200 tweets par minute rien qu’à Tokyo). Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), après le séisme en Haïti, plus de 80 000 SMS ont été envoyés au numéro de détresse 4636, créé pour recevoir les demandes de secours. Environ 90 pour cent de ces messages étaient cependant des doublons ou des perturbations.

Goulots d’étranglement

« Le traitement de l’information demande de plus en plus de temps et de personnel, ce qui crée un goulot d’étranglement », a écrit Eric Gujer dans un rapport publié en 2011 pour la fondation ICT4Peace. Les systèmes qui ne sont pas équipés pour traiter et filtrer le grand nombre d’informations, souvent répétées, qui affluent en situation de crise risquent donc d’être surchargés.

La technologie utilisée pour l’externalisation ouverte n’est pas toujours adaptée. Lors de l’attentat de Boston en mai 2013, la population a participé activement à l’identification du suspect, mais a d’abord accusé une personne à tort. Les rumeurs s’étaient en effet propagées rapidement par le biais de sites Internet comme Reddit, un réseau social d’actualité et de divertissement sur lequel les membres peuvent publier du contenu pour lequel les internautes peuvent ensuite voter afin qu’il apparaisse en haut de liste ou non.

Analyser la véracité des informations

Patrick Meier, directeur des médias sociaux au Qatar Computing Research Institute (QCRI) et grand spécialiste dans le domaine de l’utilisation des nouvelles technologies dans les interventions en situation de crise, estime qu’un problème de poids avec les sites Internet comme Reddit, Twitter et Facebook est qu’ils permettent aux gens de retransmettre des informations sans vérifier personnellement leur véracité.

« Reddit n’est pas conçu pour favoriser une réflexion critique. Les gens ont publié toutes sortes d’informations douteuses [concernant l’attentat de Boston] et cela a fait boule de neige », a dit M. Meier à IRIN.

Selon lui, s’il existait une technologie pouvant obliger les internautes à analyser la véracité des données qu’ils publient, l’externalisation ouverte pourrait être mieux exploitée en situation de crise.

M. Meier fait partie d’une équipe travaillant à la création d’une plateforme en ligne appelée veri.ly, qui vise à collecter et vérifier les informations en situation de crise. « Les gens pourraient publier des demandes de vérification sous forme de questions auxquelles on peut répondre par oui ou par non. Un simple bouton de partage leur permettrait de les partager avec leur réseau », a-t-il dit à IRIN. Les utilisateurs ne se contenteraient pas de partager ou publier de nouvelles informations, mais devraient écrire une phrase expliquant la raison pour laquelle ils estiment que telle ou telle information est vraie ou fausse.

« L’une des raisons pour lesquelles veri.ly fonctionne est que vous n’êtes éloigné que de quelques degrés de la personne proche de la catastrophe », a dit M. Meier. « Vous voulez avoir la confirmation des communautés sinistrées pour vérifier si l’information est exacte ou non ».

Dans son guide de vérification, Ushahidi recommande que les développeurs de plateformes d’intervention d’urgence basées sur l’externalisation ouverte prennent des mesures supplémentaires pour s’assurer que les informations mises en ligne sont exactes. L’organisation les incite également à faire la distinction entre des réponses « vérifiées » et « non vérifiées » et à être sensibles au risque que des « données empoisonnées » soient publiées pour induire en erreur ou distraire de manière délibérée.

Viser la simplicité

« L’externalisation ouverte n’est pas [un système] prêt à l’emploi », a précisé M. Albon. « Pour mettre en place un système d’externalisation ouverte efficace, il ne suffit pas d’installer un logiciel comme la plateforme Ushahidi. Il faut également former du personnel, évaluer les risques et développer un modèle permettant de traduire réellement les informations recueillies en actions concrètes sur le terrain. »

Selon Benjamin Davies, directeur adjoint du programme Signal sur la sécurité humaine et la technologie de l’Harvard Humanitarian Initiative, il est plus facile de se fier à la population si on lui donne des tâches relativement simples sur une plateforme avec laquelle elle est déjà familière, car la prise de décision après une crise « est très imprévisible ». Ainsi, après l’ouragan Sandy de 2012 aux États-Unis, qui a entraîné des pénuries d’essence autour de la ville de New York, Google a créé une application liée à ses cartes et permettant aux internautes de signaler les stations approvisionnées en essence.

De manière semblable, lors du typhon Bopha de 2012 aux Philippines, le gouvernement a créé un hashtag sur Twitter sous lequel les internautes pouvaient publier des informations relatives au cyclone. Cela a permis aux premiers secours d’identifier qui avait besoin d’aide et de diffuser des alertes précoces. Selon M. Meier, de telles mesures sont essentielles pour limiter la confusion et obtenir rapidement des informations utiles en temps de crise.

« Permettre aux gens de fournir des informations géographiques est l’une des mesures les plus importantes qu’un gouvernement peut prendre », a dit M. Meier. « Demander aux gens lors d’une catastrophe de connecter leur GPS aux médias sociaux » peut permettre de trouver certaines personnes et d’obtenir certaines informations plus rapidement, a-t-il dit. « Agir de la sorte, c’est tout simplement faire preuve de philanthropie lors des catastrophes ».

Faire équipe avec les informaticiens

L’OCHA a travaillé en collaboration avec des informaticiens et des fournisseurs de services médias pour cartographier cinq crises, dont la plus récente en Syrie. En 2011, en Libye, l’OCHA a cartographié la crise en partenariat avec une « équipe de veille » composée de 250 internautes bénévoles qui ont participé à la création en deux mois d’une carte des évènements

Pour Imogen Wall, coordinatrice de la communication avec les communautés affectées pour l’OCHA, tout est question de partenariat. « Comment travaille-t-on avec des données massives ? C’est une question de partenariat (voir Flowminder en Haïti, par exemple) », a-t-elle dit dans un récent chat en ligne. « Comment rétablit-on les télécommunications et les connexions Internet ? C’est une question de partenariat avec le secteur privé qui fournit ces services. Comment se prépare-t-on pour limiter les impacts des crises sur les réseaux ? Cela implique de travailler en partenariat sur les questions de préparation aux catastrophes. Ce n’est pas qu’une question d’argent. C’est une question de partage des ressources (données, capacités, compétences, technologies), de vision commune et de collaboration sur le terrain. »

« Le secteur humanitaire institutionnel est de moins en moins adapté et est dépassé par tout un ensemble d’autres acteurs comme l’armée, le secteur privé, la diaspora et les communautés sinistrées elles-mêmes », a remarqué M. Currion. Selon lui, les humanitaires doivent changer de mode de fonctionnement en impliquant un ensemble plus large d’acteurs tout en s’attachant à préserver et promouvoir les principes humanitaires plutôt que les institutions.

Technologie satellitaire

Croiser les informations provenant de multiples sources grâce à une diversité des technologies permet d’améliorer leur exactitude. M. Davies participe au Satellite Sentinel Project de l’Harvard Humanitarian Initiative, qui a eu recours à la technologie satellitaire pour collecter des images des évènements dans la région frontalière entre le Soudan et le Soudan du Sud de décembre 2010 jusqu’au milieu de l’année 2012. Des informations ont également été recueillies dans des documents au code source ouvert (journaux, rapports, etc.) et obtenues de sources sur le terrain. Les participants au projet cherchaient où des incidents étaient signalés pour savoir où placer les satellites. « Nous avions un rapport de la situation en temps réel », a dit à IRIN Britney Card, coordinatrice de l’analyse des données du projet.

« Les satellites offrent un angle unique sur la face de la terre qui peut aider à prendre des décisions », a dit M. Davies. « Un propriétaire peut voir que son garage s’est effondré, mais que sa toiture est intacte. »

Mais un écart important subsiste entre les connaissances de la communauté humanitaire et celles des développeurs, ce qui freine le bon fonctionnement de ces outils pour les humanitaires et les personnes touchées par les catastrophes.

Combler cet écart

L’OCHA recommande plusieurs solutions pour combler cet écart dans un récent rapport intitulé Humanitarianism in the Network Age (l’humanitaire à l’ère des réseaux). Il s’agit notamment de mettre en place des équipes composées d’humanitaires, d’informaticiens et d’autres acteurs pouvant être déployées sur le terrain ; de créer un espace de dialogue neutre pour que les spécialistes de la technologie, les humanitaires et les bénévoles puissent partager des idées avant et après les catastrophes ; d’instaurer des normes en matière de données ; et de faire plus de place à la recherche et au développement dans les organisations humanitaires.

Après le typhon Pablo, l’OCHA a créé le Digital Humanitarian Network, un groupe d’experts techniques et d’internautes bénévoles auquel il est possible de faire appel en cas de crise (jusqu’à présent, ce réseau a servi au Soudan, aux Philippines, en Inde, aux îles Samoa et en République démocratique du Congo). En rassemblant les humanitaires et des experts techniques, la technologie est utilisée de manière plus efficace pour communiquer avec les communautés touchées.

Pour Mme Wall, il existe « très peu de réponses. Le monde change trop vite. Allez sur le terrain, appliquez les principes et regardez ce qui est efficace là où vous vous trouvez. Ce sera, en pratique, différent partout. Car la communication est une activité sociale et culturelle, peu importe l’outil utilisé, et elle est donc différente partout ».

VIDÉO : Interview avec Sara Pantuliano directrice du Groupe de travail sur les politiques humanitaires de l’Institut de développement d’outre-mer.

Sources: Relief Web

Ouverture des frontières de la RDC, devrions-nous craindre l’explosion de contaminations liées à la Covid-19 ?

En date du 21 Juillet 2020, le président de la république démocratique du Congo Son Excellence monsieur Felix Tshisekedi a signé une ordonnance portant sur la levée progressive de l’état d’urgence instaurée au mois de Mars en réponse à l’augmentation des cas liée à la pandémie de la Covid-19 à travers le pays. Cette levée prévoyait un calendrier de reprise des plusieurs activités socio-économiques fermées ayant débuté par l’ouverture des places publiques notamment ; bars, restaurants, hôtels, marchés, etc. en date du 22 Juillet, l’ouverture des activités académiques et des aéroports le 03 Août et repoussées jusqu’au 10 de ce mois, et à la fin ; l’ouverture des frontières prévue ce lundi 15 Août 2020.

Au moment où les deux premières étapes de cette levée suscitent d’inquiétudes quant à la gestion des mouvements de la population, la dernière étape qu’est l’ouverture des frontières risquerait d’aggraver la situation et susciter plus d’inquiétudes si des mesures préventives efficaces ne seraient pas prises. Plusieurs scenarios restent à craindre notamment ; la nouvelle explosion de la pandemie à travers le pays.

Etant donné que tous les pays ayant levée cet état d’urgence connaissent une vague de nouvelles contaminations ayant poussé à ces dernières de réimposer des mesures de réconfinement de quelques villes pour certains (Brésil, Venezuela, Chine, etc.), et la simple obligation du port des masques pour d’autres (France, Royaume Uni, Canada, etc.) ;

  • L’instance de riposte serait-il capable de faire face à une explosion de la pandemie en RDC ?
  • Quelles seraient les politiques sanitaires à mettre en place pour mieux contrôler le mouvement des populations dans toute la toute la sous-région ainsi que dans des ports, aéroports et frontières terrestres ?
  • Devrions-nous craindre une explosion de nouvelles contaminations à travers le pays ?

Nous vivons dans une période cruciale où l’humanité doit choisir entre l’économie et la santé. Les deux étant interdépendantes, il sied mettre en place des stratégies efficace capables faire balance entre ces deux aspects sociaux de cette humanité pour une meilleure interaction et un relèvement efficace.

Les donnees statistiques de la pandemie prouvent une forte capacité de riposte du pays dans un contexte du manque des moyens financiers et logistiques

Source stopcoronavirus.cd

Depuis sa mise en place, l’équipe de riposte fait l’objet de plusieurs critiques d’ordre stratégique et opérationnel de la part des populations fatiguées de rester inerte au nom d’un état d’urgence ayant déjà causé des répercussions négatives au même moment dans le panier de la ménagère ainsi qu’aux recettes publiques. Au moment où certains pays sont déjà en récessions économique suite aux mesures de confinement, la republique démocratique du Congo dont plus de 70 pourcent de recettes dépendent de l’activite minière (Selon les statistiques de l’initiative pour la transparence des industries extractives ITIE et banque Mondiale) peine à couvrir toutes les dépenses publiques y compris ; le retard léger dans la paie de la fonction publique, la gratuité de l’enseignement de base, etc.

Cependant, malgré de multiples annonces des centaines de millions de dollars Américains par les bailleurs de fonds internationaux pour la riposte de la pandemie de la Covid-19 au bénéfice de la RDC, il a été signalé plusieurs problèmes d’ordre financiers au sein même de l’instance chargée de la riposte contre de cette pandemie notamment ; des mois d’impayement des agents de l’équipe chargée de la riposte. Cette annonce aurait été fait à plusieurs reprises par le ministère de la sante et l’Institut National des Recherches en Biologie INRB. La mauvaise gestion du mince fonds décaissé par le gouvernement central en faveur des activites de riposte est venu ajouter un point sur le i quant au manque de moyens financiers

En dépit des moyens financiers et logistiques limités, l’équipe de la riposte est restée égale à elle-même en terme d’efficacité en matière de la gestion de la pandemie. Résultat, sur le cumul de plus de 9000 cas de contaminations enregistrés au mois d’Aout, plus de 8000 ont été déclarés guéris avec plus ou moins 250 décès et le tout, pour une population estimée à plus de 80 millions d’habitants.

Avec la levée de l’état d’urgence et l’ouverture des frontières, le renforcement des mesures de contrôle des mouvements transfrontalières, portuaires et aéroportuaires revêtent d’une importance au risque de compromettre le bon résultat qu’a déjà enregistrée le pays si des mesures sérieuses et ad hoc ne seront pas prises. Ces mesures devraient être accompagnées par l’implication et contribution de toute personne vulnerable dans ce processus.  

Une politique sanitaire garantissant le transfert d’information pandémique et l’interopérabilité dans les efforts et processus de riposte au niveau regional.

La coopération régionale en matière d’échange d’informations pandémiques et expérience s’avère être l’une des approches les plus envisageables dans la mitigation des risques de contamination au niveau de la sous-région. Sans cette dernière, la période de riposte de cette pandémie paraîtrait encore longue. Avec ses 9 pays voisins qui l’entourent, la RDC connait risque des contaminations au niveau des frontières plus haut.

Pour exemple ; la frontière Congolo-Rwandaise dite « Petite barrière » en ville de Goma capitale de la province du Nord Kivu où selon les statistiques provinciales, enregistrerait plus de 80.000 passagers quotidiens. D’autres points d’entrée frontaliers notamment ; le Beach Ngobila reliant Kinshasa et Brazza ville du Congo d’en face, Kasumbalesa dans le Haut Katanga, Ruzizi dans ville de Bukavu ainsi que le poste frontalier de Kavimvira reliant la republique démocratique du Congo au Burundi enregistrent aussi un mouvement considerable des va-et-vient.

D’où, l’adoption des strategies opérationnelles coordonnées au niveau regional voire continental pour contrôler les mouvements de population à travers ; le transfert d’informations pandémiques et leur interopérabilité. Cette exercice plus délicate au niveau pratique et nécessite des interventions suivantes ;

  • Diagnostique obligatoire de tout passager : le processus de diagnostique de la maladie de la Covid-19 doit s’effectuer dans chaque pays de provenance et de destination du passager. Cette diagnostique doit se faire aux instances de riposte choisies dans chaque pays suivi de l’octroi d’une attestation de diagnostique à la personne ayant suivi le test. Cette attestation sera considérée comme une nouvelle piece à présenter aux frontières, ports et aéroports et doit avoir une duree de validité de deux semaines.
  • Respect des gestes barrières : les mesures sanitaires et de distanciation sociale doit être renforcées au niveau local et le port de masque devenu obligatoire.
  • Partage des donnees et intervention des nouvelles technologies : les gouvernements de pays frontaliers doivent partager des donnees statistiques sur non seulement sur la situation clinique dans leurs pays respectifs, mais aussi sur les personnes diagnostiquées. Ceci permettrait de vérifier l’authenticités des documents en possession des passagers. Pour ce faire ; une base des donnees mise à jour sur les mouvements de personnes ainsi que leurs identités devrait être mise en place. L’objectif de cette banque de donnees serait de surveiller tout mouvement de personnes ainsi que leur état clinique.
  • Creation d’un programme national de lutte contre la Covid-19 comme déjà fait avec le VIH/Sida.

Devrions-nous craindre une explosion des cas liées à la Covid-19 après l’ouverture des frontières ?

Frontiere Petite barriere en ville de Goma

Plusieurs experts de l’organisation mondiale de la sante fustigent l’incapacité des systemes de sante Africains à faire la pandemie de la Covid-19. Le scepticisme de cette agence des nations unies s’expliquerait par plusieurs facteurs d’ordre structurel notamment ; le faible investissement des Etats dans leur système de santé dépendant en major partie aux appuis financier et logistique extérieurs, manque du personnel experience en matière de gestion d’une épidémie/pandemie et le manque d’infrastructures sanitaires adéquates.

Pour ce qui est de la Covid-19, des avancées significatives ont été consenties par les Etats en matière de contrôle et mitigation des risques de nouvelles contaminations dépit d’une forte dépendance à l’expertise extérieure. Des mesures déjà prises y compris ; la distanciation locale, le port de masques et le lavage permanent des mains sont suffiront pour faire face à la pandemie si et seulement elles sont appliquées d’une manière rigoureuse et l’implication de tout le monde. L’integration d’une approche technologique dans le contrôle des mouvements de la population viendrait accélérer ce processus et renforcer la collaboration régionale dans la surveillance tout mouvement de la population.

Quoique la crainte d’une explosion des cas liees à la Covid-19 reste gravée dans la mémoire collective, seule la capacité du pays à y remédier suffit pour calmer les esprits de plus sceptiques.

En conclusion, il serait de tout le pays si ce dernier créait un programme national de lutte contre la Covid-19 comme on l’a fait avec la maladie du VIH/Sida. Ce programme serait chargé d’assurer la gestion de risques liees à cette pandemie – ceci serait possible si et seulement si, la communauté Congolais prenait conscience du danger permanent que constitue cette maladie et un peu de volonté politique.

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