Comprendre les enjeux autour de l’ordre d’évacuation de la population de Goma en prévision d’une éruption en pleine ville ou sous le lac

Depuis 04 heure du matin de ce Jeudi 27 Mai 2021, il s’observe un afflux massif des habitants de certains quartiers de la ville de Goma situé à l’est vers l’ouest pour une destination inconnue. Ceci fait suite à un ordre d’évacuation de ces quartiers par le gouverneur du Nord Kivu ce jeudi aux environs de 00 heure, heure locale en prévision d’une éventuelle deuxième éruption volcanique dans les quartiers à haut risque. Selon nos sources, les habitants de certains quartiers ciblés tels que Mabanga, Murara, Mapendo et Mikeno s’affluaient déjà vers l’ouest aux environs de 11 heures.

Lors de la lecture de cette ordre dans les studios de la Radio Télévision Nationale Congolaise station locale de Goma, le gouverneur explique cette décision est consécutive à la présence des magmas sous toute la zone urbaine de Goma avec l’extension vers le lac Kivu. On ne peut exclure une éruption à terre ou sous le lac qui pourrait advenir sans aucun signe précurseur a-t-il ajouté.

Les quartiers à risque tels qu’énumérés sont ; Majengo, Bujovu, Mabanga, Murara, Virunga, Kahembe, Mikeno, Mapendo et les Volcans selon toujours le même communiqué. Selon les observations sur place, un tremblement de terre d’une forte magnitude a été ressenti par les habitants ce Jeudi 27 Mai 2021 vers 11h10’ lequel a été ressenti dans toute la sous-région des grands lacs jusqu’à Bujumbura à plus de 300km au sud de la ville de Goma.

Loin de faire l’unanimité au sein de la population quant à la présence d’un lac de laves qui provoquerait une éruption en pleine ville de Goma ou dans le lac, la décision d’évacuer une partie de la ville serait aurait des conséquences mitigées si la réalité ne cadrait pas avec l’hypothèse avancée. Prise suite à une résurgence de tremblements de terre et le constat de l’incapacité de l’observatoire volcanologique de Goma à contrôler la situation, seules les données fiables et objectives récoltées et le contrôle de la situation sur le terrain pouvaient justifier une telle prise de décision qui, si les faits ne se produisent pas tel qu’avancés dans l’hypothèse, ceci accentuerait le sentiment de mépris de la population vis-à-vis des instances compétentes. D’où, un soutient financier et matériel à l’organe technique de surveillance revêtent d’une importance capitale.
 

Des données de plus en plus disponibles sur la récente éruption, l’actuelle activité volcanique sous forme des tremblements de terres qui continuent d’inquiéter à la fois les scientifiques et la population locale

Images par IMAGICO.DE

Des images radar INSAR à haute résolution récentes ont montré que le sol au sud du volcan s’était élevé de plusieurs centimètres pendant ou depuis l’éruption. Le déplacement vertical est le plus élevé dans la zone de la ville de Goma, où de nombreuses fissures dans le sol sont devenues visibles.

Cela fait craindre qu’un scénario possible (pas nécessairement le plus probable) soit la formation d’une nouvelle digue – ou fissure remplie de lave – qui pourrait s’ouvrir dans cette zone et produire une deuxième éruption de flanc potentiellement catastrophique.

Des fissures au sol similaires ont également été observées pendant et peu de temps après les dernières éruptions de flanc en 1977 et 2002, mais n’ont heureusement pas entraîné d’éruptions supplémentaires, mais seraient liées à des ajustements du sol après le drainage de volumes importants de magma lors des deux éruptions. Il est à espérer qu’il en sera de même cette fois et que l’activité sismique diminuera progressivement et ne sera pas suivie de nouvelles éruptions de lave à basse altitude. D’autres recherches et observations seront nécessaires dans les jours et semaines suivants pour obtenir une image globale de la situation sur le terrain.

Comprendre la topographie et la couche terrestre des quartiers affectés par l’ordre d’évacuation

Topographiquement, les quartiers ciblés par la demande d’évacuation se situent dans un endroit plus bas par rapport aux autres quartiers de la ville de Goma et Gisenyi. Cette zone constitue une large vallée sous forme d’un ravin épais de quelque 10km de longueur et à peu près 2km de largeur, avec une faible pente présentant des données suivantes selon le théorème de Pythagore ;

  • Pente : 3%
  • Longueur de la pente : 10.004 mètres
  •  Angle 1 : 2° à 5° selon la proximité du quartier avec le volcan Nyiragongo
  • Angle 2 (Opposé) : – 88° à 85° selon la proximité du quartier avec le volcan Nyiragongo
  • Périmètre du triangle 20.304 mètres
  • Surface du triangle : 1 500 000 mètres carré

Ces données ont été acquis grâce aux calculs de la pente allant des quartiers Buhene au Les Volcans effectués dans l’outil en ligne ToutCalculer

Il sieds d’ajouter que la longueur de la pente se calcule grâce au théorème de Pythagore. Ce théorème consiste à calculer la racine carrée de la somme du carré de la longueur et du carré de la hauteur.

Autrement dit ; longueur de la pente = racine carré ((longueur x longueur) + (largeur x largeur))

Le niveau bas topographiquement parlant rend ces quartiers plus exposés à toute éruption du Nyiragongo par rapport à d’autres quartiers de la ville.

Constitué d’un sol rocheux et volcanique, la ville de Goma est battue sur un sol composé de plusieurs couches rocheuses avec des trous vides résultant des dernières éruptions volcaniques ayant balayée la ville.

Ces roches sont de plus en plus fragilisées par les tremblements de terres en cours dus à un fort mouvement magmatique sous terre et dans le lac durant cette période post-éruption volcanique de ce 22 Mai 2020

Ces roches peuvent connaitre des fissures en cas de la permanence de tremblements de terre à forte magnitude causant un échappement de la lave.

Selon les données recueilli dans la revue GeoCaching, le système magmatique du Nyiragongo reste mal contraint. Le meilleur modèle actuellement pour le système de plomberie magmatique de Nyiragongo est composé de deux chambres crustales situées à des profondeurs de 10 à 14 km et de 1 à 4 km sous l’édifice principal, alimentées par une source de manteau de 80 à 150 km de profondeur.

Cependant, plusieurs chambres magmatiques semblables à celle du Nyiragongo ont été identifiés sur la manteau inférieur et la croute continentale aux niveaux de la ville de Goma et le lac Kivu tel qu’illustrés dans le croquis ci-dessous.

La chambre magmatique peu profonde est probablement directement reliée au lac de lave situé dans le cratère principal, expliquant la persistance de l’activité du lac de lave. Les résultats des récentes études sismiques et de déformation du sol de l’éruption du Nyiragongo 2002 sont cohérents avec ce modèle à 2 chambres.

En cas d’une forte activité magmatique, ces chambres peuvent s’étendre et remonter jusqu’au sol et provoquer des tremblements de la terre, créer des fissures voire provoquer une éruption à partir de la ville.

Dans le contexte actuel et selon les données topographiques, ces types d’éruptions pourraient en première lieu se dérouler dans les quartiers sujets à la demande d’évacuation vue leur situation topographique, leur situation dans la limite de deux failles continentales et la présence de plusieurs fissures.

Quels scenarios pour une éruption sur la terre et sous le lac Kivu.

Sources: JEUNE AFRIQUE

La ville de Goma est le siège de toutes les institutions étatiques provinciales, des représentations de multinationales sur le plan régional et un endroits géostratégique de toute la région des grands lacs. Elle constitue aussi un hub technologique et d’innovations dans la sous-région.

Avec son aéroport international, la ville de Goma bénéficie d’un trafic plus saturé des vols tant nationaux qu’internationaux générant des millions de dollars au gouvernement Congolais.

Dans les deux scenarios, les pertes économiques se compteraient à plusieurs milliards de dollars américains et celles en vie humaines plus catastrophiques.

Selon Kashindi Pierre, Analyste et Coordonnateur de l’Initiative pour la Gestion des Risques de Catastrophes en Afrique DRM Africa en sigle, les dégâts dépendront de l’ampleur de l’éruption dans les deux scenarios.

Pour ce qui est de l’éruption à partir de la ville, un grand espace serait couvert de lave notamment ; les quartiers bas sur le plan topographique notamment ; le centre-ville, Murara, Katindo, Himbi, Mapendo, Mikeno, Mabanga et Virunga. Sur le plan estimatif plusieurs infrastructures de bases seraient affectées y compris ;

  • Plus de 150 000 maisons d’habitation
  • Plus de 50km de routes asphaltées,
  • Plus de 800 immeubles y compris ; les bâtiments commerciaux, bureaux administratifs, Banques, etc.
  • Etc.

Quant à une éruption dans le lac Kivu, les dégâts seraient catastrophiques vu la présence d’une forte concentration du dioxyde du carbone ainsi que du gaz méthane et un impact environnemental incalculable.

Une éruption volcanique dans le lac provoquerait une explosion similaire de celle d’il Ya 3500 à 5000 ans

Lac gazeux NYOS au Caméroun a explosé en 1986

À environ 2 250 km au nord-ouest du Kivu, un lac de cratère au Cameroun, le lac Nyos, accumule et piège de grandes quantités de gaz dissous – en l’occurrence du CO2 – provenant d’une cheminée volcanique au fond du lac.

Le 21 août 1986, le potentiel mortel de ce réservoir de gaz a été mis en évidence de façon tragique. Probablement en raison d’un glissement de terrain, une grande quantité d’eau a soudainement été déplacée, provoquant un mélange rapide du CO2 dissous avec les couches supérieures du lac et sa libération dans l’air.

Un grand nuage de gaz mortel a asphyxié environ 1800 personnes dans les villages voisins.

De tels événements sont appelés éruptions limniques, et les scientifiques craignent que le Kivu ne soit mûr pour un événement similaire, encore plus meurtrier. Le Nyos est un lac relativement petit, mesurant un peu plus d’un mille de long (1,6 km), un peu moins d’un mille de large et moins de 210 m de profondeur.

Le Kivu mesure 89 km de long, 48 km de large et plus de deux fois plus profond que le Nyos. En raison de sa taille, dit Katsev, le Kivu “a le potentiel pour une éruption limnique majeure et catastrophique où de nombreux miles cubes de gaz seraient libérés”.

Environ 14 000 personnes vivaient près du Nyos au moment de l’éruption. Plus de deux millions de personnes vivent aujourd’hui aux alentours du lac Kivu, dont environ un million dans la ville de Bukavu, en République démocratique du Congo.

Si le Kivu entrait en éruption, dit la limnologue Sally MacIntyre de l’Université de Californie à Santa Barbara, “ce serait complètement catastrophique”.

Ce n’est pas seulement une préoccupation théorique. Les scientifiques ont trouvé ce qui pourrait être la preuve d’au moins une précédente éruption limnique au Kivu, qui s’est probablement produite il y a entre 3 500 et 5 000 ans, et peut-être plusieurs autres plus récentes.

Des carottes de sédiments prélevées au fond du lac ont révélé des caractéristiques connues sous le nom de couches brunes qui ne ressemblent pas aux sédiments environnants. Ces bandes de sédiments sont “des couches très inhabituelles, riches en matière organique”, dit M. Katsev, qui pourraient être le résultat d’éruptions.

Les éruptions limniques peuvent se produire pour deux raisons. Si l’eau devient complètement saturée de gaz dissous, tout CO2 ou méthane supplémentaire injecté dans le lac sera forcé de sortir de la solution, de monter et d’être libéré dans l’air.

Des éruptions peuvent également se produire lorsque quelque chose force l’eau profonde avec ses gaz dissous à se mélanger avec les couches supérieures, réduisant la pression sur les gaz et leur permettant de sortir rapidement de la solution et de s’échapper, comme on le ferait en secouant une canette de soda puis en l’ouvrant.

Bien qu’un glissement de terrain de l’ampleur de celui que l’on soupçonne dans l’éruption du Nyos puisse ne pas provoquer un mélange suffisant au Kivu, en raison de la taille et de la profondeur du lac, il existe plusieurs autres déclencheurs possibles.

Le Kivu est une zone sismique active, un tremblement de terre pourrait donc générer des vagues dans le lac qui mélangeraient suffisamment les couches pour libérer les gaz emprisonnés.

Que faire pour se protéger d’une explosion du gaz methane causée par une éruption volcanique sous le lac ?

L’un des moyens pour se proteger d’une explosion gazière

Plusieurs initiatives de dégazage du lac Kivu sont en cours tant au Rwanda qu’en république démocratique du Congo. Selon les données de le firme Canadienne Hydragas, le processus de dégazage durerait plus de 150 ans.

Pour faire face à une explosion gazière due à une éruption volcanique dans le lac Kivu ;

  • Porter un masque à gaz pour se protéger du gaz toxique libéré et qui chasserait l’aire respiratoire à une dizaine voire centaine de mètres du sol avant tout autre chose à faire,
  • Se réfugier dans des zones à haute altitude y compris les Montagnes,
  • Quitter la ville avant qu’il ne soit trop tard,
  • Ne jamais boire l’eau du lac et du robinet,
  • Etc.

Le lac Tanganyika s’empare-t-il du port de Bujumbura?

Le port de Bujumbura est menacé par le débordement du Lac Tanganyika. Les eaux de ce Lac qui ne cessent de monter ont déjà commencé à envahir certains endroits de ce port.Le port de Bujumbura érigé sur le bord du Lac Tanganyika est en train d’être submergé de manière inquiétante par les eaux de ce Lac.

Certaines infrastructures se trouvant sur ce port, notamment les bureaux de l’Office Burundais des Recettes OBR, sont déjà inondés par ces eaux. ‘’ Il faut se tenir devant le port pour constater l’ampleur des dégâts causés par le débordement des eaux du Lac Tanganyika. Même les bureaux de l’OBR situés en face du port ont été submergés’’, a témoigné un citoyen.Une des personnes qui exercent des activités sur le port de Bujumbura fait savoir que certains endroits de ce port déjà touché par ces inondations ne sont plus accessibles. Seul un nombre très restreint de personnes sont autorisées à s’y rendre.

‘’ Pour le moment, il nous est difficile d’accéder à nos entrepôts. Une grande partie du port a été condamnée et interdite d’accès pour éviter tout éventuel accident. Seul le personnel est autorisé à franchir cette partie la plus touchée », a révélé un déclarant.Les eaux du Lac Tanganyika ont déjà inondé la plage située tout près du port, le restaurant SAFARI GATE et la route passant près dudit port a été bloquée.

Le gouvernement conscient de l’éventuelle inondation totale du port Lors d’une descente effectuée ce lundi 19 avril au port de Bujumbura, le ministre du transport, de l’industrie et du tourisme a annoncé que le port est sur le point d’être complètement inondé. Selon les experts, il ne resterait qu’une cinquantaine de centimètres pour que les infrastructures portuaires soient totalement envahies par les eaux du lac Tanganyika.

‘’ Certains medias et réseaux sociaux montrent actuellement que la ville de Bujumbura sera complètement inondée comme si c’était l’eschatologie. Mais ce que nous avons pu constater une fois sur terrain, c’est que l’eau s’est introduite dans certains endroits en passant sous les infrastructures et celles-ci ont été sérieusement endommagées ‘’, a constaté la ministre Immaculée Ndabaneze. La ministre du transport, de l’industrie et du tourisme a également précisé que des travaux doivent être entamés dans les meilleurs délais. ‘’ Nous nous sommes entretenus avec la direction générale du port de Bujumbura et l’autorité maritime afin de voir comment envisager des travaux d’urgence.

Nous avons échangé avec quelques experts et ils nous ont bien montré qu’on peut pallier au plus urgent pour éviter que le port ne soit complètement détruit. Cela va nous coûter très cher mais nous allons essayer de réunir les moyens nécessaires.’’ La ministre Immaculée Ndabaneze a indiqué qu’un montant d’au moins 2 milliards de francs burundais est nécessaire pour la réhabilitation du port de Bujumbura.

RPA Ijwi Rya Banyagihugu- Un media Burundais

L’externalisation ouverte – les difficultés de la vérification des données pour les humanitaires

LES POINTS CLÉS

  • Le traitement de l’information demande du temps et crée des goulots d’étranglement
  • Il est nécessaire de croiser les informations avec de multiples sources
  • De nouveaux outils sont conçus pour vérifier les informations
  • Il existe un écart entre les connaissances des humanitaires et celles des développeurs

NAIROBI, 21 août 2013 (IRIN) – L’évolution des technologies favorise la prolifération des données (« big data ») en situation d’urgence, que ce soit par l’externalisation ouverte (crowdsourcing), le crowdseeding (fournir des téléphones portables et des crédits téléphoniques aux communautés afin de récolter des informations sur le terrain) et l’utilisation des médias sociaux. Les organisations humanitaires cherchent désormais une manière de s’assurer que ces données sont exactes avant de les utiliser.

L’obtention d’informations par le biais de l’externalisation ouverte présente de nombreux avantages. « Cela résout un véritable problème pour les organisations humanitaires, à savoir comment être au courant de la situation dans un environnement instable », a dit à IRIN Chris Albon, directeur de projets de données d’Ushahidi, une organisation kenyane de cartographie de crise. « Les données récoltées grâce aux technologies d’externalisation ouverte peuvent représenter pour les organisations humanitaires de nouveaux et puissants flux de renseignements concernant la région dans laquelle elles interviennent ou s’apprêtent à intervenir. »

Cependant, rien ne garantit que les informations provenant de sources multiples sur le terrain soient exactes. En situation de crise, les informations peuvent être limitées, peu fiables et mal analysées. Comme le dit Paul Currion, spécialiste et conseiller en technologies de l’information et coordination humanitaire pour le Conseil international des agences bénévoles (International Council of Voluntary Agencies, ICVA, un réseau d’organisations non gouvernementales de développement humanitaire basé à Genève), « L’externalisation ouverte peut rarement être représentative, car les participants sont par définition volontaires. Ce fait ne pose pas de réel problème tant qu’il est pris en compte et tant que l’externalisation ouverte n’est pas la seule source de données ».

Ainsi, Somalia Speaks, un programme mis sur pied par Al Jazeera en 2011 en prévision de la Conférence de Londres sur la Somalie, a demandé aux Somaliens d’envoyer par SMS les opinions et les questions qu’ils souhaitaient adresser à leur gouvernement au sujet de la conférence. L’Union internationale des télécommunications a reçu plus de 3 000 messages, mais le taux de pénétration de la téléphonie mobile en Somalie n’est que de sept pour cent. Les messages envoyés sont donc probablement loin de représenter l’opinion de tous les Somaliens.

« Dans le contexte de l’externalisation ouverte, c’est donc une erreur de dire que l’on “s’adresse” aux gens, car en réalité, on les “sollicite” », a dit M. Currion à IRIN.

Cisco, une entreprise offrant des services de réseau, estime qu’en 2012, le trafic IP a atteint 43,6 exaoctets par mois dans le monde (un exaoctet équivaut à environ 10 milliards d’exemplaires de The Economist, selon ce même magazine). Entre 2012 et 2017, Cisco prédit que la transmission des données mobiles sera multipliée par 13.

En situation de crise, le partage d’informations monte en flèche. Dans les jours qui ont suivi le séisme de 2011 au Japon, 572 000 nouveaux comptes Twitter ont été créés et 177 millions de tweets ont été envoyés (environ 1 200 tweets par minute rien qu’à Tokyo). Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), après le séisme en Haïti, plus de 80 000 SMS ont été envoyés au numéro de détresse 4636, créé pour recevoir les demandes de secours. Environ 90 pour cent de ces messages étaient cependant des doublons ou des perturbations.

Goulots d’étranglement

« Le traitement de l’information demande de plus en plus de temps et de personnel, ce qui crée un goulot d’étranglement », a écrit Eric Gujer dans un rapport publié en 2011 pour la fondation ICT4Peace. Les systèmes qui ne sont pas équipés pour traiter et filtrer le grand nombre d’informations, souvent répétées, qui affluent en situation de crise risquent donc d’être surchargés.

La technologie utilisée pour l’externalisation ouverte n’est pas toujours adaptée. Lors de l’attentat de Boston en mai 2013, la population a participé activement à l’identification du suspect, mais a d’abord accusé une personne à tort. Les rumeurs s’étaient en effet propagées rapidement par le biais de sites Internet comme Reddit, un réseau social d’actualité et de divertissement sur lequel les membres peuvent publier du contenu pour lequel les internautes peuvent ensuite voter afin qu’il apparaisse en haut de liste ou non.

Analyser la véracité des informations

Patrick Meier, directeur des médias sociaux au Qatar Computing Research Institute (QCRI) et grand spécialiste dans le domaine de l’utilisation des nouvelles technologies dans les interventions en situation de crise, estime qu’un problème de poids avec les sites Internet comme Reddit, Twitter et Facebook est qu’ils permettent aux gens de retransmettre des informations sans vérifier personnellement leur véracité.

« Reddit n’est pas conçu pour favoriser une réflexion critique. Les gens ont publié toutes sortes d’informations douteuses [concernant l’attentat de Boston] et cela a fait boule de neige », a dit M. Meier à IRIN.

Selon lui, s’il existait une technologie pouvant obliger les internautes à analyser la véracité des données qu’ils publient, l’externalisation ouverte pourrait être mieux exploitée en situation de crise.

M. Meier fait partie d’une équipe travaillant à la création d’une plateforme en ligne appelée veri.ly, qui vise à collecter et vérifier les informations en situation de crise. « Les gens pourraient publier des demandes de vérification sous forme de questions auxquelles on peut répondre par oui ou par non. Un simple bouton de partage leur permettrait de les partager avec leur réseau », a-t-il dit à IRIN. Les utilisateurs ne se contenteraient pas de partager ou publier de nouvelles informations, mais devraient écrire une phrase expliquant la raison pour laquelle ils estiment que telle ou telle information est vraie ou fausse.

« L’une des raisons pour lesquelles veri.ly fonctionne est que vous n’êtes éloigné que de quelques degrés de la personne proche de la catastrophe », a dit M. Meier. « Vous voulez avoir la confirmation des communautés sinistrées pour vérifier si l’information est exacte ou non ».

Dans son guide de vérification, Ushahidi recommande que les développeurs de plateformes d’intervention d’urgence basées sur l’externalisation ouverte prennent des mesures supplémentaires pour s’assurer que les informations mises en ligne sont exactes. L’organisation les incite également à faire la distinction entre des réponses « vérifiées » et « non vérifiées » et à être sensibles au risque que des « données empoisonnées » soient publiées pour induire en erreur ou distraire de manière délibérée.

Viser la simplicité

« L’externalisation ouverte n’est pas [un système] prêt à l’emploi », a précisé M. Albon. « Pour mettre en place un système d’externalisation ouverte efficace, il ne suffit pas d’installer un logiciel comme la plateforme Ushahidi. Il faut également former du personnel, évaluer les risques et développer un modèle permettant de traduire réellement les informations recueillies en actions concrètes sur le terrain. »

Selon Benjamin Davies, directeur adjoint du programme Signal sur la sécurité humaine et la technologie de l’Harvard Humanitarian Initiative, il est plus facile de se fier à la population si on lui donne des tâches relativement simples sur une plateforme avec laquelle elle est déjà familière, car la prise de décision après une crise « est très imprévisible ». Ainsi, après l’ouragan Sandy de 2012 aux États-Unis, qui a entraîné des pénuries d’essence autour de la ville de New York, Google a créé une application liée à ses cartes et permettant aux internautes de signaler les stations approvisionnées en essence.

De manière semblable, lors du typhon Bopha de 2012 aux Philippines, le gouvernement a créé un hashtag sur Twitter sous lequel les internautes pouvaient publier des informations relatives au cyclone. Cela a permis aux premiers secours d’identifier qui avait besoin d’aide et de diffuser des alertes précoces. Selon M. Meier, de telles mesures sont essentielles pour limiter la confusion et obtenir rapidement des informations utiles en temps de crise.

« Permettre aux gens de fournir des informations géographiques est l’une des mesures les plus importantes qu’un gouvernement peut prendre », a dit M. Meier. « Demander aux gens lors d’une catastrophe de connecter leur GPS aux médias sociaux » peut permettre de trouver certaines personnes et d’obtenir certaines informations plus rapidement, a-t-il dit. « Agir de la sorte, c’est tout simplement faire preuve de philanthropie lors des catastrophes ».

Faire équipe avec les informaticiens

L’OCHA a travaillé en collaboration avec des informaticiens et des fournisseurs de services médias pour cartographier cinq crises, dont la plus récente en Syrie. En 2011, en Libye, l’OCHA a cartographié la crise en partenariat avec une « équipe de veille » composée de 250 internautes bénévoles qui ont participé à la création en deux mois d’une carte des évènements

Pour Imogen Wall, coordinatrice de la communication avec les communautés affectées pour l’OCHA, tout est question de partenariat. « Comment travaille-t-on avec des données massives ? C’est une question de partenariat (voir Flowminder en Haïti, par exemple) », a-t-elle dit dans un récent chat en ligne. « Comment rétablit-on les télécommunications et les connexions Internet ? C’est une question de partenariat avec le secteur privé qui fournit ces services. Comment se prépare-t-on pour limiter les impacts des crises sur les réseaux ? Cela implique de travailler en partenariat sur les questions de préparation aux catastrophes. Ce n’est pas qu’une question d’argent. C’est une question de partage des ressources (données, capacités, compétences, technologies), de vision commune et de collaboration sur le terrain. »

« Le secteur humanitaire institutionnel est de moins en moins adapté et est dépassé par tout un ensemble d’autres acteurs comme l’armée, le secteur privé, la diaspora et les communautés sinistrées elles-mêmes », a remarqué M. Currion. Selon lui, les humanitaires doivent changer de mode de fonctionnement en impliquant un ensemble plus large d’acteurs tout en s’attachant à préserver et promouvoir les principes humanitaires plutôt que les institutions.

Technologie satellitaire

Croiser les informations provenant de multiples sources grâce à une diversité des technologies permet d’améliorer leur exactitude. M. Davies participe au Satellite Sentinel Project de l’Harvard Humanitarian Initiative, qui a eu recours à la technologie satellitaire pour collecter des images des évènements dans la région frontalière entre le Soudan et le Soudan du Sud de décembre 2010 jusqu’au milieu de l’année 2012. Des informations ont également été recueillies dans des documents au code source ouvert (journaux, rapports, etc.) et obtenues de sources sur le terrain. Les participants au projet cherchaient où des incidents étaient signalés pour savoir où placer les satellites. « Nous avions un rapport de la situation en temps réel », a dit à IRIN Britney Card, coordinatrice de l’analyse des données du projet.

« Les satellites offrent un angle unique sur la face de la terre qui peut aider à prendre des décisions », a dit M. Davies. « Un propriétaire peut voir que son garage s’est effondré, mais que sa toiture est intacte. »

Mais un écart important subsiste entre les connaissances de la communauté humanitaire et celles des développeurs, ce qui freine le bon fonctionnement de ces outils pour les humanitaires et les personnes touchées par les catastrophes.

Combler cet écart

L’OCHA recommande plusieurs solutions pour combler cet écart dans un récent rapport intitulé Humanitarianism in the Network Age (l’humanitaire à l’ère des réseaux). Il s’agit notamment de mettre en place des équipes composées d’humanitaires, d’informaticiens et d’autres acteurs pouvant être déployées sur le terrain ; de créer un espace de dialogue neutre pour que les spécialistes de la technologie, les humanitaires et les bénévoles puissent partager des idées avant et après les catastrophes ; d’instaurer des normes en matière de données ; et de faire plus de place à la recherche et au développement dans les organisations humanitaires.

Après le typhon Pablo, l’OCHA a créé le Digital Humanitarian Network, un groupe d’experts techniques et d’internautes bénévoles auquel il est possible de faire appel en cas de crise (jusqu’à présent, ce réseau a servi au Soudan, aux Philippines, en Inde, aux îles Samoa et en République démocratique du Congo). En rassemblant les humanitaires et des experts techniques, la technologie est utilisée de manière plus efficace pour communiquer avec les communautés touchées.

Pour Mme Wall, il existe « très peu de réponses. Le monde change trop vite. Allez sur le terrain, appliquez les principes et regardez ce qui est efficace là où vous vous trouvez. Ce sera, en pratique, différent partout. Car la communication est une activité sociale et culturelle, peu importe l’outil utilisé, et elle est donc différente partout ».

VIDÉO : Interview avec Sara Pantuliano directrice du Groupe de travail sur les politiques humanitaires de l’Institut de développement d’outre-mer.

Sources: Relief Web

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